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« L’éducation populaire, pilier vivant de nos communes » : une tribune co-signée par le Cnajep

12 Mar 2026 Par
« L’éducation populaire, pilier vivant de nos communes » : une tribune co-signée par le Cnajep

Responsables associatif·ves, chercheur·ses et élu·es appellent les listes aux municipales à s’engager en faveur d’une politique volontariste, tournée vers un service public de la complémentarité éducative, au bénéfice de chaque habitant·e, afin que le temps libre soit porteur d’émancipation.

Tribune publiée le 10 mars 2026 dans le journal L’Humanité

L’éducation populaire a une longue histoire qui s’inscrit dans une politique en faveur de l’éducation pour toutes et tous.
Dès la Révolution française, les penseur·ses de l’instruction ont l’intuition que l’école ne réussira pas tout, malgré son ambition. L’éducation populaire a traversé les siècles, se réinventant continuellement pour répondre aux enjeux de la société. Ce n’est ni un concept abstrait, ni un simple complément à l’école : c’est une réalité concrète, portée par des associations, des militant·es et des élu·es locales et locaux, qui vise à rendre accessible à toutes et tous la vie de la cité.

Œuvres complémentaires de l’école, actrices et acteurs de la politique de la ville, gestionnaires d’équipements sociaux, animatrices et animateurs de quartier, médiatrices et médiateurs culturel·les, professionnel·les de la participation citoyenne, organisatrices et organisateurs de colonies de vacances, ils sont les piliers de nos territoires.

Si l’éducation populaire a été un vrai projet d’émancipation du peuple, elle semble désormais s’être repliée aux interstices d’une société inégalitaire. À chaque fois que la politique publique est défaillante, il est fait appel aux actrices et acteurs de l’éducation populaire. Quand les quartiers sont touchés par le narcotrafic, elles et ils sont les seul·es à rester. Quand les quartiers s’embrasent, elles et ils sont mobilisé·es. Quand les logiques du repli sur soi, les discriminations et les débats de l’extrême droite prennent le pas dans les débats publics, elles et ils s’engagent et combattent ces mécanismes.

Dans chaque commune, ces lieux et ces équipes sont aussi des laboratoires de la démocratie locale : on y apprend à vivre ensemble, on y découvre ses talents, on s’y engage pour son quartier et sa ville.

Parce que l’éducation populaire est d’initiative citoyenne, la forme associative est intrinsèque à son activité, qui lui permet une liberté souhaitable et nécessaire. Ces associations sont de gros employeurs. Derrière chaque activité, il y a des emplois locaux, durables et non délocalisables : l’éducation populaire représente près de 470 000 salariés et 2 % de l’emploi national.

Et pourtant, les craintes sur les financements de ces associations sont extrêmement préoccupantes. Les appels se succèdent pour alerter : Hexopée avec sa campagne « Espaces menacés » ; le Mouvement associatif avec « Ça ne tient plus » ; Jeunesse au plein air avec son slogan « Ne fermez pas la porte aux vacances de nos enfants ! » ; le Cnajep qui rappelle dans son plaidoyer que « l’éducation populaire se vit dans un tissu associatif territorial ».

Le gouvernement met à mal les politiques publiques de solidarité, éducatives, du vivre-ensemble, à la fois en prévoyant des restrictions budgétaires importantes sur le secteur associatif mais aussi en diminuant les budgets des collectivités territoriales, notamment des communes.

À l’heure des campagnes électorales, les villes peuvent protester face à cette mise au pain sec et à l’eau d’un secteur associatif essentiel. Les candidates et candidats peuvent s’engager en faveur de l’éducation populaire et leur permettre de travailler en restant ce qu’elles ou ils sont.

Nous, mobilisé·es en faveur de l’éducation populaire, appelons les listes aux municipales à s’engager sur les différents points que nous pensons de nature à faire vivre l’éducation populaire :

  1. Avoir une délégation à l’éducation populaire et instaurer une instance de dialogue régulier avec les associations, bénévoles, salarié·es et familles afin de co-construire une politique publique en faveur de l’éducation populaire ;
  2. Lancer un recensement sur les formes que prend l’éducation populaire dans votre commune afin de disposer d’un diagnostic partagé, servant de base à des objectifs communs ;
  3. Définir une politique publique de l’éducation populaire qui s’adresse à tous les âges, qui pense le dialogue entre habitant·es, élu·es, professionnel·les et organise la co-construction pour un réel pouvoir d’agir ;
  4. Mettre en place une véritable formation continue pour l’ensemble de vos services car l’éducation populaire est transversale et doit se retrouver dans beaucoup de politiques publiques : animation, enfance, jeunesse, culture, social, sport, santé, éducation, environnement, participation citoyenne, démocratie participative… ;
  5. Assumer la liberté associative en leur garantissant la possibilité de mener des actions citoyennes et de conscientisation ;
  6. Avoir une politique en faveur des associations qui s’appuie sur le temps long avec des contrats d’objectifs entre la collectivité et l’association via des conventions pluriannuelles d’objectifs et de moyens (CPOM), pour pérenniser une action et des équipes ;
  7. Faire des projets éducatifs de territoire (PEDT) un outil structurant, élargi à tous les temps de l’enfant y compris ceux de l’adolescence et des vacances, inscrit dans une démarche pluriannuelle ;
  8. S’appuyer sur une éducation populaire vivante, fondée sur une pédagogie critique, de manière à renforcer l’esprit critique et à développer la culture politique collective et à renforcer la capacité de chacune et chacun à se mobiliser, à exercer ses droits et à participer aux décisions ;
  9. Organiser un réseau national des élu·es à l’éducation populaire en capacité de développer une expertise, un partage d’expérience, de formaliser des plaidoyers et de former.

Faire de l’éducation populaire une priorité municipale, c’est faire le choix d’une politique publique volontariste fondée sur un travail de confiance et dans la durée avec les associations, tournée vers un service public de la complémentarité éducative, au bénéfice de chaque enfant, de chaque famille, de chaque habitant·e afin que le temps libre soit une réelle opportunité d’émancipation, et qui impulse une pratique associative, vecteur d’engagement et de participation citoyenne.

Premiers signataires :