Actus du Cnajep

Le Cnajep signe la tribune collective « Étudiants étrangers : la France gagne à ouvrir ses portes, elle perdra à les fermer »

08 Juin 2026 Par
Le Cnajep signe la tribune collective « Étudiants étrangers : la France gagne à ouvrir ses portes, elle perdra à les fermer »

Le Cnajep, aux côtés de nombreuses et nombreux représentants d’organisations de la société civile et d’établissements de l’enseignement supérieur, est signataire d’une tribune collective pour défendre l’accessibilité de l’enseignement supérieur français aux étudiant·es internationaux·ales. Dans le cadre du plan « Choose France for Higher Education », les frais d’inscription différenciés restreignent l’accès aux aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiant·e·s étranger·ère·s.

Les signataires alertent sur les conséquences de ces mesures pour l’égalité d’accès aux études supérieures et appellent au retrait de ce décret ainsi qu’à l’ouverture d’un véritable dialogue avec l’ensemble des acteur·ice·s concerné·e·s.

Tribune publiée dans le journal Le Monde le 26 mai 2026 (version abonné·e·s) :

Un étudiant marocain qui débarque à Lyon en septembre. Une Sénégalaise qui attend son titre de séjour depuis trois mois. Un Brésilien qui dort encore à l’hôtel en novembre parce qu’aucun bailleur ne veut de son dossier. Ce sont des situations quotidiennes que vivent les étudiants internationaux lors de leur arrivée en France. Ce sont aussi les visages réels derrière le débat ouvert par le plan « Choose France for Higher Education », présenté par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, le 21 avril 2026.

Le ministre veut redresser le rang mondial de la France, qui est passée de la quatrième à la huitième place pour l’accueil des étudiants internationaux entre 2017 et 2023. L’objectif affiché est juste. Il veut améliorer la qualité de l’accueil, mieux orienter les flux, faciliter l’insertion des diplômés. Ces priorités sont partagées par les universités, par les associations étudiantes, par les collectivités qui financent les campus.

Mais les moyens choisis interrogent. Le plan généralise des frais d’inscription de 2 895 euros en licence et de 3 941 euros en master pour les étudiants extracommunautaires, ce qui revient à multiplier par 16 le tarif que ces étudiants payaient jusqu’ici. Il supprime les aides personnalisées au logement (APL) pour au moins 100 000 étudiants à partir du 1er juillet 2026, lorsqu’ils seront en pleine recherche d’appartement. Il flèche 60 % des bourses publiques vers une poignée de filières scientifiques jugées prioritaires.

Sur le terrain, cela signifiera des étudiants qui renoncent à venir, parce que leur famille ne peut pas absorber 3 000 euros de frais en plus des8 000 euros annuels de coût de la vie. Des étudiants déjà arrivés qui découvrent en juillet qu’ils perdront 150 euros par mois en APL, alors qu’ils ont signé leur bail en juin. Des bailleurs qui refusent désormais les dossiers internationaux parce que la garantie de l’État disparaît. Des étudiants en histoire, en sociologie, en littérature qui n’auront plus débourse française parce qu’ils n’étudient pas l’intelligence artificielle.

Défaillances

Cette logique ramène vingt ans en arrière. Pendant deux décennies, la France a patiemment construit une politique d’accueil. Des labels, des guichets, des résidences, des programmes de bourses, un réseau diplomatique spécialisé. Le plan d’aujourd’hui fragilise cet édifice sans rien construire à la place.

Les exemples étrangers démontrent que d’autres leviers fonctionnent. L’Allemagne, qui maintient la quasi-gratuité, accueille423 000 étudiants internationaux contre 276 000 en France, et sa croissance d’effectifs étrangers a atteint 56 % sur cinq ans. Le Canada a fait un autre choix : plutôt que d’augmenter les frais, il délivre depuis2008 un permis de travail post-études qui autorise les diplômés étrangers à rester travailler jusqu’à trois ans après leur diplôme, sans condition d’employeur.

À l’inverse, le Royaume-Uni, qui pratique des frais d’inscription élevés depuis longtemps, traverse aujourd’hui une crise majeure : 43 % de ses universités sont en déficit prévu pour 2026, et ses inscriptions internationales ont reculé de 6,1 % en 2024. Aucun des pays qui ont gagné des places ces dernières années ne l’a fait par la sélection tarifaire.

La France perd des places parce qu’elle accueille mal, et remettre en cause l’accessibilité financière ne masquera pas ces défaillances. La Cour des comptes l’a écrit en mars 2025 : il s’écoule en moyenne soixante-deux jours entre l’admission académique d’un étudiant et la délivrance de son visa, ce qui veut dire qu’un étudiant admis arrive encours un mois après la rentrée.

Les titres de séjour doivent être renouvelés chaque année, ce qui produit des ruptures de droits. Et lorsque les étudiants finissent par décrocher leur diplôme français, beaucoup repartent faute d’accompagnement vers l’emploi. Le problème n’a jamais été le prix. Le problème, c’est tout ce qui se passe avant et après, c’est-à-dire les démarches, l’attente, le logement, les conditions d’études, l’accès à l’emploi.

Investissement d’avenir

L’université française est un bien commun. Elle est ouverte parce que c’est sa tradition depuis la Sorbonne du Moyen Age. Elle est exigeante parce qu’accueillir suppose des moyens. Les étudiants internationaux rapportent 1,35 milliard d’euros par an à l’économie française, ils nourrissent la recherche (38 % des doctorants sont étrangers), ils deviennent, après leur retour, des ambassadeurs économiques et culturels. La France doit voir l’effort qui leur est consacré comme un investissement d’avenir.

Une autre voie existe, nous portons des propositions et une vision pour l’université et son ouverture sur le monde. Donner aux étudiants une carte de séjour pluriannuelle dès leur admission, sur le modèle recommandé par la Cour des comptes. Créer un visa « Diplôme +24 mois » qui retienne les talents formés, sur le modèle britannique. Ouvrir dans vingt-cinq métropoles des guichets uniques où préfecture, Sécurité sociale, logement et CROUS travaillent ensemble. Compenser la perte des APL par les outils existants : garantie Visale, cohabitation intergénérationnelle, extension du modèle de la Cité internationale universitaire. Porter au niveau européen un visa STIM unifié (science, technologie, ingénierie et mathématiques), comme le recommande le rapport Draghi. Avec bien d’autres idées que nous avons pour faire en sorte que notre université retrouve le rang qu’elle mérite, pour les étudiants et pour la France.

Nous étudiants, représentants de la société civile, d’universités et parlementaires appelons le gouvernement à retirer la généralisation des frais différenciés et la restriction des APL, et à ouvrir un dialogue avec les universités, les associations étudiantes et les régions pour bâtir une politique d’attractivité à la hauteur. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui croisent au quotidien des étudiants internationaux dans leurs amphithéâtres, leurs laboratoires, leurs résidences, à prendre la parole. La France gagne à ouvrir ses portes. Elle perdra à les fermer.

Liste des premiers signataires “Étudiants internationaux : ne fermons pas la porte que nous avons mis vingt ans à ouvrir” 

Parlementaires

Organisations nationales et internationales

Présidences d’universités

Représentants étudiants

Accéder à l’article de presse