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Le CRAJEP Picardie dénonce la réduction brutale des contrats aidés

 

Territoires
Archives 2017

Le Crajep Picardie a publié un communiqué en réaction à la réduction des contrat aidés.

26 septembre 2017

"Le gouvernement a annoncé une baisse du nombre de contrats aidés au second semestre 2017 : 40% de moins par rapport aux six premiers mois de l’année et une division par deux en comparaison du second semestre 2016, sachant qu’une nouvelle réduction encore plus drastique est prévue en 2018.

Dans le secteur non marchand, les contrats restant seraient ciblés en priorité sur l’Education nationale, l’outre-mer et le secteur sanitaire et social.

Le secteur de l’Education Populaire est très inquiet

Déjà malmené, comme l’ensemble de la vie associative, suite aux baisses de dotations aux collectivités locales (premier partenaire financier public des associations) et en l’absence de toute perspective gouvernementale en matière de politique d’Education Populaire, cette nouvelle décision de la diminution des contrats aidés fait peser une menace forte sur l’activité des associations d’Education Populaire, et par contrecoup sur les citoyenn-es qui bénéficient de nos actions.

Regroupant le champ de l’animation, l’Education Populaire doit déjà faire face au retour précipité de la semaine de 4 jours à l’école, entrainant ainsi l’arrêt d’activités périscolaires et par conséquent une dégradation de l’emploi de notre secteur. Emploi qui va encore se détériorer qualitativement comme quantitativement suite à cette nouvelle décision du gouvernement.

Ces contrats sont socialement, économiquement et humainement indispensables

Les contrats aidés permettent à nos associations d’embaucher des personnes éloignées de l’emploi pour des missions d’intérêt général, animateur-trice, coordinateur-trice, formateur-trice...

Bien que précaires et perfectibles, ces contrats sont primordiaux pour les activités que l’on mène car sans eux, de nombreuses actions éducatives de solidarité, de citoyenneté, de santé, de culture, de sport, de loisirss’arrêteraient.

Ainsi, les situations difficiles aux quelles les territoires sont déjà confrontés, ne feraient que s’amplifier :

- pour les publics accompagnés, bénéficiaires de nos actions, la disparation de ces activités à forte utilité sociale dégraderaient leurs conditions de vie (socialisation, bien être, estime de soi, santé, précarité, mobilité...) ;

- pour les salariés en contrats aidés, leur unique source de revenuss’envole. Pour les demandeurs d’emploi qui ne seront pas concernés par les autres mesures de lutte contre le chômage, leurs chances d’obtenir un contrat de travail se réduit (car sans cette aide financière qui leur est accordée pour embaucher un salarié en contrat aidé, les associations ne pourront pas recruter, n’ayant pas de budget suffisant) ;

-pour les territoires, avec la disparition d’activités et de mode de garde d’enfants, cela engendreraient de nouvelles inégalités sociales et économiques.

L’utilité sociale doit être prise en compte dans les politiques publiques

Contrairement à ce que prétend la ministre du travail (qui se fait par ailleurs l’écho du rapport de la cour des comptes à ce sujet), ces contrats donnent accès à la formation, améliorent l’employabilité et permettent l’insertion des personnes qui en bénéficient.

En effet, nos associations remplissent sérieusement leur rôle d’accompagnement, de tutorat et d’orientation des bénéficiaires d’emplois aidés. Elles y consacrent du temps et de l’énergie en contribuant à mettre en place des solutions adaptées de formations qualifiantes et d’embauches.

L’analysede la cour des comptes, qui souhaite compenser l’augmentation du coût liée à la montée en puissance de la garantie jeunes, du service civique et de l’apprentissage par la baisse des contrats aidés, est réduite au seul taux d’accès à l’emploi.

Elle ignore par conséquent toute la partie invisible de l’accompagnement des travailleurs sociaux pour lever les freins à l’embauche (mobilité, estime de soi...) et des employeurs associatifs pour l’insertion (formation continue, acquisition de compétences croisées).

Si l’efficience des politiques d’emploi doit être étudiée, l’analyse comptable est bien trop simplificatrice.

L’utilité sociale et les coûts évités doivent être intégrés à cette évaluation.

Le volontariat ne peut et ne doit pas se substituer à l’emploi

L’incitation récente du gouvernement faite aux préfets de recourir au service civique pour compenser les baisses de contrats aidés est clairement scandaleuse.

Dans un contexte de développement extrêmement important du service civique, celui-ci ne doit pas devenir un outil d’insertion professionnelle de plus, ou pire, une manière de masquer la hausse du chômage des jeunes.

Il est donc fondamental de rappeler que la loi du 10 mars 2010 inscrit que le service civique est un dispositif de volontariat. C’est un moyen pour les jeunes de s’engager, personnellement et collectivement, à travers une expérience d’intérêt général et de citoyenneté. Ce doit être une phase d’apprentissage, d’ouverture, d’épanouissement et d’émancipation dans leur projet personnel et professionnel.

Les CRAJEP Picardie et NPdC se sont déjà mobilisés sur ce sujet et ont produit la plaquette «Le service civique universel : pour un accueil de qualitédans le parcours d'un jeune».

Cette dérive injonctive du gouvernement est incompatible avec le principe de volontariat bilatéral (structure d’accueil et jeune) de cette loi de 2010. Elle provoquerait en plus, l’apparition de nouvelles plaies insidieuses : amalgames volontariat/salariat, indemnité/salaire, accompagnement/subordination, recul des droits du travail et précarisation chez les jeunes, hostilité au service civique, conflits salariés/employeurs...

Au final, ces jeunes seraient, soit acculturés au sous-emploi («c’est mieux que rien»), soit en rejet du service civique et du monde du travail («je gagne une misère par rapport au boulot que je fais»).

Alors quid d’une politique cohérente, ambitieuse, sérieuse et concertée pour l’insertion des jeunes ?

Une véritable menace pour l’Education Populaire, pour les associations et pour l’Etat

Le secteur de l’Education Populaire a besoin de financement comme tout service public, puisqu’il concoure à l’intérêt général par la mise en œuvre d’actions de proximité au service des citoyens, à travers des activités de citoyenneté, de vivre ensemble, de cohésion sociale. Il contribue au développement économique du pays et remplit de nombreuses missions qui ne sont couvertes ni par les services de l’Etat ni par le Marché.

Ce coup de massue vis-à-vis du monde associatif va accélérer la précarisation des associations employeuses, des publics bénéficiaires de nos actions, de la population éloignée de l’emploi et de l’emploi lui-même. Cette décision risque, à coup sûr, d’accentuer la crise que nous traversons en précarisant plusieurs milliers de personnes qui entraineront inévitablement l’augmentation des chiffres du chômage.

Les retombées par ricochet seront énormes."

Cnajep